frequencebanane.ch

Le festival Heartland de Vevey, ou l'occasion unique de se replonger dans la folk acoustique traditionnelle américaine. Premiers pas dans la Salle des Vignerons avec T.S. Brooks et Jim White.

Jim White©

La soirée a été ouverte par T. S. Brooks. Cet américain joue un folk acoustique, et l’ambiance dans la petite salle des Vignerons était idéale pour ce type de musique. Les spectateurs encore peu nombreux (car il est à peine 18 heures) s’installent sur le parquet devant la scène minuscule. Il n’y a quasiment aucune séparation entre l’artiste est le public. Assis sur un tabouret avec sa guitare acoustique, T. S. Brooks nous fait voyager avec ses morceaux légèrement mélancoliques – on se croirait presque dans les prairies de l’ouest américain. Bien qu’il soit un artiste moderne, ces chansons auraient pu facilement être écrites il y a 50 ans. Sa voix est très agréable et la musique est mélodieuse. Les spectateurs sont conquis par son talent par sa spontanéité et les anecdotes qu’il nous raconte entre les chansons. Après un applaudissement très chaleureux récompensant sa prestation, T. S. Brooks prend une bière et s’assoit sur le sol pour voir le concert suivant. On ne se formalise pas à Heartland festival.

En deuxième concert , Jim White, le musicien qui utilise habilement le country et le folk pour écrire des chansons très personnelles. Il n’est pas seul sur scène – un guitariste, un bassiste et une jeune chanteuse l’accompagnent. Mais même si le respect qu’il a pour ces musiciens est évident, on remarque bien qu’ils sont là pour l’aider à réaliser sa propre vision musicale, et pas pour faire une vrai collaboration. Plusieurs fois durant le concert, Jim se dit être « en rémission » et avoue qu’il se sort plutôt bien de ses dépressions. La musique qu’il crée est un moyen pour lui de comprendre le monde autour de lui et de se comprendre soi-même.

Un des moments les plus intenses de la soirée s’est lorsqu’il a joué son morceau décrivant la solitude complète ressentie pendant un Noël. Mais il ne faut pas croire que le concert était déprimant. Bien au contraire, Jim White est un observateur perspicace de tout de ce qui passe autour de lui, et on était mort de rire quand il nous racontait et chantait avec beaucoup d’humour l’histoire d’un paresseux alcoolique qui se prépare toujours à remettre sa vie en ordre, ou des pratiques curieuses des évangélistes de Florida. Un concert très intime qui nous a donné envie d’en savoir encore un peu plus sur l’artiste.

Bookmark and Share
La Salle del Castillo du festival Heartland accueillait les canadiens The Sadies en tête d'affiche. Un concert qui n'a déçu personne, entre punk énergique et country texane de l'Amérique profonde.
The Sadies©

C’est aux Canadiens The Sadies, les plus grandes stars de cette soirée, de justifier leur bonne réputation. Et ils ne déçoivent pas. Leur musique est un mélange originel du punk et du country. Si vous imaginez pour un instant The Clash jouant les morceaux de Ennio Morricone, et bien, vous aurez une idée à quoi ça ressemble. Même que les deux des quatre musiciens présents sur la scène chantent de temps en temps, l’accent est surtout mis sur les instruments. La musique est très énergique, et le groupe réussit à maintenir la même intensité pendant tout le concert. The Sadies reviennent pour un rappel après la fin officielle du concert. On reste épuisé mais très content de ce qu’on a vu.

Steve Wynn suit The Sadies, et je dois avouer ne pas avoir été très convaincu par sa prestation. Ses morceaux sont visiblement influencés par Bob Dylan, mais il lui manque la brillance lyrique de ce dernier… Et la musique n’est pas assez intéressante pour compenser ça. D’un autre côté, il se sent à l’aise sur scène et maintient un rapport facile avec le public – les spectateurs l’accueillent plutôt bien. Le concert devient un peu plus intéressant vers la fin quand les musiciens de Giant Sand entrent en scène et accompagnent Steve Wynn sur ses derniers morceaux. Leur virtuosité fait oublier un instant le fait que ce qu’on écoute n’est pas tellement extraordinaire et on se finalement laisse emporter par la musique.

En bouquet final, après Styve Wynn, c’est John Parish qui nous a fait découvrir son œuvre. Ce guitariste est surtout connu pour ces collaborations avec des autres artistes, notamment avec PJ Harvey. Cependant, il sort également des albums solos de temps en temps. Et il faut dire que ce qu’il crée seul est assez intéressant. Ses morceaux sont très atmosphériques sans être ennuyeux. Avec sa guitare il produit des sons d’une rare beauté qui entraînent des spectateurs dans des réflexions profondes. Il n’y a pas de morceaux dont on se souviendrait de la mélodie après le concert – ce sont surtout des émotions que l’on retient. Après ce concert, c’est beaucoup plus facile à comprendre quelle importance a l’apport de John Parish pour la musique de ses collaborateurs plus connus !

Bookmark and Share

Pour sa première soirée, le festival Heartland accueillait entre autres le suédo-argentin José Gonzalez: un virtuose de la guitare qui utilise habilement les loops et boucles dans une construction complexe.

José Gonzalez©

Dès les premières notes, on ne peut qu'être surpris par la musique que propose l'artiste. José possède en effet un style très intense et très ample sur lequel il pose une voix impressionnante qui peut parfois faire penser à celles des chants religieux, avec des vibrations un brin psychédéliques omniprésentes. Tout comme les concerts de James Blake pour les amateurs du genre, cette musique fait réellement vibrer tout notre corps, nos prend aux tripes et nous captive. La puissance de ces sons parvient même à intéresser les quelques personnes présentes qui placent parfois un "C'est qui lui en fait?" à leurs voisins.

Alors que l'on pourrait penser que José doit avoir avec lui un orchestre entier pour pouvoir à ce point imposer sa musique, le chanteur est en réalité uniquement accompagné de sa guitare. De plus, il arrive à avoir un réelle présence sur scène alors qu'il est simplement assis sur une chaise au milieu de la scène. Quel est donc le secret du jeune artiste de 35 ans? Tout simplement une habile utilisation des loops avec sa guitare. Il parvenait à créer avec le mélange des sons de sa guitare une réelle construction complexe, intéressante et variée.

Ainsi, le chanteur à réussi avec grand brio le pari de pouvoir captiver un public probablement sceptique et surpris au début simplement avec le son de sa guitare et de sa voix, sans lasser ni laisser le moindre répit musical aux personnes présentes. Une très belle ouverture pour ce festival veveysan qui, si il tient le même niveau, aura tenu toutes ses belles promesses.

Bookmark and Share
Les news moins récentes

This blog doesn't contain any post in this category.

Banane On Stage

Retrouvez, durant toute l'année, les principales actualités des scènes musicales de Suisse romande.

Les dossiers de la rédaction