Les conférences Lift16: jeudi 11 février

Du 10 au 12 février s’est déroulé à Genève Lift16, l’un des plus grands salons européens de technologie et d’innovation. Cet événement regroupant une multitude d’intervenants en provenance du monde entier a pour but principal de nouer des liens et de créer un réseau de contacts entre entrepreneurs, investisseurs, développeurs et autres métiers du domaine l’innovation. Il vise aussi à montrer les progrès accomplis en matière de technologie. Pour ce faire, de nombreuses conférences et workshops (traduisez « ateliers ») sont organisés autour de différents aspects de l’innovation. 

La conférence principale de ce deuxième jour de salon était «Blockchain Technology Beyond Bitcoin », avec comme intervenants Stephan Tual (fondateur de Slock.it & Ursium, CCO d’Ethereum), Joseph Lubin (fondateur de Consensus Systems (ConsenSys) et d’Ethereum) et Primavera De Filippi (chercheuse au CNRS). Cette conférence explorait et exposait les possibilités d’utilisation de la technologie du Blockchain (série de petites actions, de « contrats » interagissants, basés sur un réseau décentralisé), non plus uniquement pour le bitcoin (monnaie virtuelle utilisée pour des transactions réseau) mais aussi pour des applications quotidiennes.

Joseph Lubin présentait alors Ethereum, sa plateforme utilisant une technologie de Blockchain «améliorée», avec un codage plus complexe permettant plus de possibilités d’actions. Les infrastructures matérielles sont donc accessibles à des programmateurs sans spécialisation, à l’inverse du bitcoin qui ne peut quant à lui être manipulé que par des spécialistes du Bitcoin. Une application pratique de ce système est par exemple EtherEx (www.etherex.org), une plateforme utilisant Ethereum pour des échanges de biens.

Stephan Tual, quant à lui, exposait Slock.it (www.slock.it), utilisant la technologie du Blockchain d’Ethereum pour des applications matérielles pratiques. Un exemple illustrait ces applications: il s’agit d’une poignée de porte reconnaissant l’identifiant du propriétaire de la maison via son téléphone et se déverrouillant automatiquement.

Primavera De Filippi présentait, quant à elle, un concept d’utilisation de la technologie du blockchain avec ses plantes connectées : les Plantoid. Avec l’apparence d’une plante, la plantoïde est mécanisée. Le transfert de bitcoins sur cette plante lui permet d’engager elle-même un artiste afin de lui créer une descendante. On assiste alors à un système autonome et évolutif, constitué de transaction et de « micro contrats ». La problématique sous-jacente (non traitée par l’interlocutrice, simplement mentionnée) qui surgit est alors celle de la responsabilité: en cas de dommage causé par le système auto-engendré, sur qui la faute peut-elle être mise ?

Cette technologie où tout est interconnecté semble être extrêmement prometteuse et innovante, et permet des perspectives d’avancées technologiques grandioses, sous réserve de se demander encore si avec de tels systèmes automatisés, voire autonomiquement évolutifs, le contrôle de l’homme sur la machine est toujours assuré…

Parallèlement aux conférences et aux ateliers, différents stands étaient exposés aux participants dans toute l’enceinte du bâtiment. Citons par exemple une petite exposition de quelque œuvres de la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD), un stand sur la réflexion autour de la relation entre technologie et paix et les très sympathiques bars à café gratuits !

J’ai eu l’occasion de tester l’activité proposée par le stand de la fondation genevoise Artanim (www.artanim.ch) dédiée à la capture de mouvement. Equipé de gants, de recouvre-pieds spécifiques, d’un sac à dos, d’un casque audio et d’un autre de réalité virtuelle, j’ai pu expérimenter une réalité virtuelle, comme si j’y étais ! Plongé tantôt dans un vaisseau spatial, tantôt dans une sorte de temple perdu à la Indiana Jones, cette version d’essai semblait plutôt concluante. Des capteurs de mouvements placés tout autour de la « zone de jeu » détectaient les mouvements des repères placées sur les gants et les recouvre-pieds: le joueur qui se déplaçait en réalité dans la zone avançait alors virtuellement dans le jeu. Certains éléments du décor virtuel recréés dans la zone ajoutaient une sensation très prenante de réalisme. Par exemple, si le joueur attrapait un objet dans le jeu, il pouvait le tenir dans ses mains dans la réalité. Ce type d’effet permettait de lier intimement le virtuel et le réel, créant une sensation d’immersion presque parfaite. A travers une courte expérience (environ une dizaine de minutes), les participants ont eu l’occasion de découvrir cette nouvelle dimension du jeu vidéo, qui a certainement un grand avenir devant elle. On pourrait notamment envisager des salles de jeu avec des décors modulables, permettant aux participants d’évoluer dans plusieurs environnements matériellement très proches, tout en ayant l’impression de parcourir des kilomètres de décors très variés.

L’après-midi, la conférence « The Wild Promises of the Digital Customer Experience » se déroulait parallèlement à quatre autres workshops dans l’enceinte du CICG. J’ai pour ma part assisté au workshop intitulé « Innovation Through Metaphor for Science, Business and Policy-Making ». Cet atelier interactif proposait une approche peu conventionnelle aux problèmes dans le domaine de la science : la métaphore. A travers de petits jeux d’association d’idées, les participants ont pu se familiariser avec le fait de transposer un problème dans une situation analogue. L’application de ces différentes stratégies de pensée se faisait alors par groupes dans une activité pratique concrète de résolution de problème en utilisant la métaphore scientifique. Ici aussi il était intéressant de constater la grande diversité des participants, de nationalités et de secteurs d’activité très variés, toujours dans une ambiance conviviale d’échange, de rencontre et de partage.

Cette deuxième journée, plus interactive que la première, a été plus à mon goût. Hormis les workshops, participatifs et très intéressants, c’est surtout l’ambiance conviviale régnant au sein du CICG qui m’a marquée. Tous les workshops étaient décentralisés lors du premier jour. Or, lors du deuxième, tous les Lifters (eh oui, il y a même une dénominations officielle) étaient réunis au Centre de conférences. Ainsi, nous pouvions croiser tantôt deux collaborateurs en plein brainstorming, stylos et post-its à l’appui, tantôt un jeune ingénieur présentant sa startup à un vieil entrepreneur cherchant dans quoi investir ce qui lui reste sur son compte en banque. Les cartes de visite coulaient à flots et les contacts se liaient facilement, tout cela imprégné du doux arôme des bars à café. C’est peut-être bien cette atmosphère de détente et de découverte qui me fera revenir l’année prochaine…

Par Gary Domeniconi