Automne : une première dans la Grange

Cette semaine, la Grange de Dorigny héberge une pièce minimaliste, moderne et classique à la fois. Zoom sur deux personnages dont les circonstances font entendre leurs voix.

« Il y a personne ». « Mais il y a moi ! » Dans l’attente d’une pièce de théâtre, un homme et une femme unis depuis plus de cinquante ans font face à leur parcours de vie. Ils sont le public, pourtant ils sont les acteurs, ils nous regardent et nous aussi.

Les langues se délient sous des circonstances particulières. Un moment imprévu, du calme et une certaine intimité délient peu à peu les langues et brise un silence long mais si réaliste. Puis après quelques minutes, le couple se regarde enfin droit dans les yeux.

Julien Mages prend le parti pris d’un naturalisme surprenant. En effet, l’auteur confère une certaine visibilité à cette catégorie d’âge, auquel le public de la même moyenne d’âge répond en s’identifiant à ce couple. Le texte traite de regrets, du passé, des enfants et de la maladie. D’ailleurs, l’annonce de celle-ci s’ancre à merveille dans le genre dramatique voulu. La pièce entière met donc en valeur le dialogue, sans autres artifices, si ce n’est les fauteuils rouges écarlates qui occupent l’espace.

Ce choix de mettre en lumière une réalité en vient à reproduire une scène de la vie quotidienne que l’on pourrait observer chez les personnes âgées. On retrouve ainsi des propos et des actes sexistes, que l’on retrouve dans la mise en scène, comme le typique « manspreading » chez l’homme et la femme croisant les jambes. L’homme est également dépendant de sa femme qui s’est consacrée à ses enfants. Choix délibéré ou reproduction inconsciente de logiques sociales ?

En tant qu’étudiante, cette pièce parle tout autant à ma génération qu’à celle de mes grands-parents, car elle permet de rendre compte de parcours de vie qui reste encore à vivre. Le regret et l’amertume de la femme encourage l’indépendance, nous fait questionner le choix d’une mise en couple prolongée et rappelle surtout qu’il ne faut pas attendre la fin de sa vie pour accomplir ce qu’on a toujours voulu.

Automne, à la Grange de Dorigny, du 12 au 15 avril 2018

Par Caroline Lot