La candidature de Paris 2024 est En Marche !

Lundi 10 Juillet, la même malédiction météorologique du Président français Emmanuel Macron semble le suivre lui et son prédécesseur. C’est sous un soleil radieux que la délégation californienne fut accueillie par le Président du Comité International Olympique (CIO) Thomas Bach. Le slogan de la candidature de Los Angeles n’est d’ailleurs autre que « Follow the Sun ».  Mais c’est sous la pluie qu’Emmanuel Macron, Anne Hidalgo et Tony Estanguet sont arrivés au Musée Olympique de Lausanne. Plusieurs passants ont attendu son arrivée à pied sur les quais d’Ouchy : la France est à Lausanne.

Les réunions du 9 au 12 Juillet 2017 tenues à Lausanne :

C’est au cours de la journée du mardi 11 Juillet que les délégations de Los Angeles et Paris ont présenté leur candidature aux membres du Comité International Olympique (CIO). Une heure de conférence chacun, avec 10 minutes de vidéo et des discours, on retiendra notamment celui très personnel de Tony Estanguet, narrant son histoire de rivalité olympique avec son frère, Patrice : “L’important n’est pas de gagner des médailles mais de partager la flamme”. Voilà la leçon de vie que tire l’ancien triple champion olympique de sa rivalité puis de sa collaboration avec son frère. Très grande émotion donc pour le coprésident de la candidature de Paris 2024. On rappelle qu’en 2024, cela fera 100 ans que la France n’aura pas organisé les Jeux d’été sur son sol, la dernière fois étant en 1924.

Tony Estanguet accompagné d’Emmanuel Macron et Anne Hidalgo (© PHILIPPE MILLEREAU / AFP)

S’en suit les conférences de presse, où nous avons pu discuter avec les membres de chaque délégation. Pour le Président français, c’est « important d’être là pour montrer l’implication de la France dans les Jeux. Je pense que la France est prête. Le peuple français partage et porte les valeurs de l’olympisme » ; « Dans un monde qui se fracture et où les tensions renaissent, nous avons besoin de ces valeurs de paix et de tolérance que le mouvement olympique illustre et incarne formidablement ». Pour Anne Hidalgo, maire de Paris, c’est « un sujet de moral du pays fondamental » ; « On relève les défis des exigences environnementales et sociales ». Paradoxalement, ce sont les épreuves que la France a dû traverser en 2015 qui a poussé la maire a accepté de relancer Paris dans une candidature, suite à ses trois échecs précédents : « La France est un pays d’olympisme, il faut retrouver la flamme. Il faut redonner confiance à la jeunesse qui croit en l’Europe, la rendre à nouveau fière de son pays et de sa société cosmopolite et qui ne doit pas avoir peur ».

C’est après ces conférences que s’est tenu le vote tant attendu et exceptionnel de la double candidature. Le principe est simple, Thomas Bach propose aux membres du CIO d’attribuer directement les deux villes aux jeux soit de 2024 soit de 2028. Les Jeux seraient donc programmés pour les 11 prochaines années. Suite à une conférence de 3 heures, la motion a été votée à l’unanimité, les deux maires des villes Anne Hidalgo et son homologue Eric Garcetti montant alors sur l’estrade en se tenant les mains pour remercier l’assemblée. Il est donc sûr que des Jeux se tiendront à Paris. Des négociations se tiendront entre les deux villes, tenues par les délégations, pendant les deux prochains mois avant le 13 Septembre à Lima au Pérou pour le vote final qui départagera les villes entre 2024 et 2028. Pour les deux maires « une nouvelle étape s’ouvre » et entrent avec confiance dans cet accord tripartite ; « ce sera un partenariat entre les deux villes, no matter what ».

 

Le dossier de candidature de Paris :

Pour ce qui est de comment la ville de Paris organisera ces Jeux, nous avons parcouru son dossier de candidature et posé des questions à la délégation parisienne ce mercredi 12 juillet 2017.

Les Jeux Olympiques de Paris s’appuieront sur ce qui existe : 95% des infrastructures sont déjà construites. Il n’y a que le Centre Aquatique et Paris Arena II (pour le badminton et le pôle handisport) qui seront aménagés de façon durable dans la ville. Des acquisitions de terrain sont également prévues pour le village olympique sur l’île Saint-Denis et pour Le Bourget. Les familles des athlètes logeront à proximité au Hyatt et au Méridien, Porte Maillot, avec 40 chambres accessibles en fauteuils. Point positif : 90% des athlètes sont à moins de 30 minutes de leur lieu de compétition, dont 80% s’entraînent au village même, les épreuves les plus éloignées étant celles d’équitation qui auront lieu au Château de Versailles.

Pour ce qui est du transport, le plan du « Nouveau Grand Paris » sera mis en place, avec des bus plus fréquents, une interdiction aux poids lourds de passer dans la ville, suspension des travaux sur les grands axes, et une mise en place du télétravail pour les parisiens. Des journées tests sont prévues afin de s’assurer de la fonctionnalité du réseau. Pour les spectateurs, tous les transports seront gratuits la journée sur présentation du billet de la compétition. La ville de Paris travaille également sur un projet innovateur avec la société Navya pour des navettes électriques sans chauffeurs. Se seraient donc une véritable première en France qui s’inscrit dans la durabilité de la ville. Un plan de « France Très Haut débit » sera également mis en place d’ici 2022.

La maire de Paris devant la maquette du projet.

Toutes les épreuves sont donc centralisées à Paris et son agglomération, sauf les compétitions de voile qui se tiendront à la Marina de Marseille et certaines épreuves de football qui utiliseront les stades des villes de Marseille, Lyon, Nice, Bordeaux, Lille, Nantes, Toulouse et Saint-Etienne. Suite à cette déclaration, l’inquiétude se porte tout de suite sur la ville de Marseille, ville la plus embouteillée d’Europe et où les grèves d’éboueurs sont récurrentes. Mais cette inquiétude est vite dissipée par les maquettes et les explications des délégations, qui nous montrent bien que les athlètes seront à moins de 10 minutes de la Marina et du stade Vélodrome. Reste à savoir comment les spectateurs et les marseillais feront pour traverser la ville… En revanche, les 5 syndicats français ont été amenés à signer une Charte Sociale consistant au bon déroulement des Jeux : donc pas de grèves pendant toute la durée des épreuves, et une promesse d’une ville propre. La même promesse est faite pour la Seine, où des épreuves aquatiques se dérouleront, notamment celles de triathlon. Il s’agirait donc de nettoyer la Seine en amont afin de prévoir les précipitations qui font remonter les pollutions, ouvrir les berges uniquement aux piétons (1,6km réaménagés), et avoir des zones de baignades dans Paris « afin de rendre la Seine à ses habitants ». Paris-Plage attirera peut-être enfin la population parisienne, plutôt que les touristes en vacances !

Le budget prévu est de 3’806’763’000 euros, soit 2 milliards de moins que la candidature de Los Angeles, mais les parisiens de seraient qu’à 53% d’accord contrairement à 65% « d’Angelinos ». La candidature de Paris s’inscrit également dans l’engagement environnemental des accords de la COP21 et le PLU de 2030 de la transition énergétique. Pour Los Angeles, c’est une mise sur la technologie de la vallée des anges qui est porté, même si l’on sait bien que le maire Eric Garcetti, fervent démocrate, s’est lui-même engagé à réduire de 80% les émissions de CO2 de Los Angeles d’ici 2050.

 

En résumé, Paris a tout de même une petite longueur d’avance sur 2024, Thomas Bach ayant souligné que “l’engagement du président Macron à la journée olympique (du 16 juin) et sa participation ont été un moment mémorable. C’était la parfaite illustration de la grande unité de la candidature de Paris soutenue à tous les niveaux”. Il est vrai que l’absence de Donald Trump a suscité beaucoup d’interrogations, même si un président français ne s’était pas déplacé pour une candidature parisienne depuis Jacques Chirac en 2005 à Singapour, où la France avait essuyé un nouvel échec face à Londres pour 2012.

La candidature française se porte définitivement sur 2024 : «Notre projet est fait pour 2024 et seulement pour 2024», et les communicants avancent plusieurs arguments : la possibilité de fêter le centenaire des derniers JO dans la capitale, des enchères autour des droits télé en Europe qui pourraient grimper en cas de JO à Paris dans sept ans, des sponsors européens (ceux qui manquent au CIO) prêts à arriver si Paris obtenait les JO rapidement… Même si Anne Hidalgo a nuancé son discours mardi 11 Juillet pour ne pas heurter cette journée « historique », elle n’entend pas changer de stratégie. Ne pas obtenir les JO de 2024 serait vécu comme un nouvel échec. Côté Los Angeles, le maire, Eric Garcetti, et Casey Wasserman, président de la candidature, ont depuis longtemps ouvert la porte, pointant encore mardi matin le fait qu’ils n’avaient jamais posé d’ultimatum concernant 2024.

Les deux villes doivent donc trouver un accord cet été, auquel cas le CIO reviendra au scénario initial : celui d’un seul vote pour 2024, et seulement 2024. Ce scénario est très peu probable, mais si un tel vote serait amené à se faire, pour l’emporter, il lui faudrait miser sur le soutien de 43 membres du CIO (en comptant les 6 membres qui ne votent pas et ceux qui seront absents). C’est risqué, suicidaire même, mais il est possible qu’au scénario «Jeux Olympiques en 2028», les Français préfèrent le vote. Une façon aussi de mettre la pression sur Los Angeles. Car dans ce type de négociations, c’est la ville qui se trouve en position la moins favorable qui est la plus à même de céder. Or, la dernière tendance serait défavorable à la Cité des Anges…