Dichiara ? No Billag Disaster

L’affiche du film Frontaliers disaster

Il y a quelques jours, je suis allé au cinéma pour voir un film Suisse, ce qui est déjà assez rare. Le long métrage s’appelle « Frontaliers Disaster », un film du réalisateur tessinois Alberto Meroni. Pour reprendre le synopsis issue du site Swissinfo.ch, « Ce film raconte l’histoire du frontalier italien travaillant à Lugano, Roberto Bussenghi, qui, comme des milliers d’autres de ses compatriotes, passe chaque jour la frontière pour aller travailler au Tessin. Et, chaque jour, il se fait contrôler par un douanier zélé, Loris J. Bernasconi. Une relation conflictuelle jusqu’à ce que l’ironie du sort les force à cohabiter l’un avec l’autre. » La relation entre les personnages se rapproche beaucoup de celle des films de « Don Camillo et Peppone » à laquelle il est facile de s’identifier, selon l’acteur Flavio Sala qui joue le rôle de Roberto Bussenghi dans le film.

Les deux personnages principaux du film: Roberto Bussenghi (à droite) et Loris Bernasconi (à gauche)

 

Au Tessin, ce film rencontre un énorme succès, si grand qu’il a déjà attiré plus de 25’000 spectateurs, soit, selon les différents chiffres que l’on peut trouver à ce sujet, plus du double que « Le dernier Jedi », le dernier épisode de la saga Star Wars. Ce succès dans les sales est dû au fait que la RSI, la radio-télévision tessinoise, produisait depuis quelques années des DVDs de sketchs entre les deux personnages. La notoriété des « Frontaliers » n’a fait que d’augmenter au fil des années, ce qui a poussé le réalisateur Alberto Maroni à se lancer dans l’écriture de ce long métrage, coproduit par la RSI qui se détache totalement du style des sketchs sans cependant perdre une seule bribe de leur humour originel. Le producteur se félicite d’avoir réussi à faire un film « qui fait rire » les plus jeunes et les plus vieux, les Suisses et les Italiens, et qui fait que lorsqu’on sort de la salle de projection, on en sort de bonne humeur. Le film a donc été exporté dans les sales des plus grandes villes de Suisse pour que les habitants des autres cantons puissent aussi profiter de la comédie grâce aux sous-titres en Allemand et en Français.

Maurizio Canetta, le directeur de la RSI, explique le succès du film en racontant l’histoire des Frontaliers : celle-ci commence dans les studios de la radio Rete 3, l’équivalent tessinois de Couleur 3, où deux journalistes ont inventé des blagues sur un sujet très polémique au Tessin, les frontaliers. Ces sketchs ont eu beaucoup de succès, ce qui a poussé la RSI à recréer ces blagues à la télévision et, de fil en aiguille, au cinéma.

Un article sortit il y a peu dans le journal Le Temps annonce que la RSI est mal aimée au Tessin et qu’elle a une taille démesurée. La question était donc de savoir si, avec la coproduction de ce film, la RSI n’allait pas perdre encore plus de crédibilité auprès des tessinois ; ce à quoi Maurizio Canetta répond que tout d’abord, dire que la RSI n’est pas aimée est un peu exagéré, et qu’à l’inverse, le fait d’allier le privé et le public dans la coproduction de ce film n’est pas mal vu par les Tessinois, il suffit de regarder les chiffres d’audience pour constater que cette RSI n’est pas si mal aimée. D’après Le Temps, le film aurait couté 720 000 francs, dont 30% viendrait du budget de la RSI et 70% de la société de production d’Alberto Meroni, Inmagine.

Une question encore plus politique se pose alors, quel impact pourrait avoir ce film sur l’initiative « no billag » ? Ce qui est sûr et certain, c’est que ce genre de film n’aurait jamais pu être produit sans billag, comme le service public n’aurait jamais eu les moyens de le produire. Le long métrage devrait appuyer, vu l’engouement pour cette réalisation au Sud des alpes, les arguments des opposants à cette initiative mais, à une échelle nationale, l’impact devrait être moindre, le facteur régional jouant pour beaucoup dans le succès du film. Les partisans de l’initiative crachent sur Canetta et la RSI pour avoir toujours encensé et défendu la production. Cependant, les « Frontaliers » existent grâce au travail de Meroni, grâce à l’énergie des acteurs principaux (Sala, Guglielmoni et Buracchio), grâce à des professionnels sérieux ayant très bien travaillé, mais surtout, le film rend fier de ce qui a été accompli. Le journal en ligne tessinois gas.social dénonce les supporters de l’initiative en disant que « chez nous (comprendre comme « au Tessin » ndlr.), on réussit à bien travailler et qu’on parvient même à y gagner un peu d’argent. Argent qui sera réinvesti dans des projets pour le Tessin de demain. Vous voulez détruire tout ça ? Faites-le, mais ayez conscience de ce que vous faites : un acte inutile, méchant, sans motivations réelles qui ont comme base uniquement une jalousie qui ne mériterait même pas d’exister. »

Le film est en tout cas très bien réussi et je le conseille à tout le monde si la barrière de la langue ne vous freine pas. Deux suites sont prévues pour ce film : « Frontaliers Catastrophe » et « Frontaliers Apocalypse ».

Si le sujet vous intéresse et que vous désirez en savoir plus, je vous mets à disposition quelques liens sur le sujet.

https://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/frontaliers-desaster-succes-pour-ce-long-metrage-tessinois?id=9254125&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

https://dkpod.com/frontaliers-disaster-le-film-sur-les-differences-entre-tessinois-et-italiens-qui-fait-un-tabac-12-01-2018/

https://www.swissinfo.ch/fre/-frontaliers-disaster-_la-com%C3%A9die-tessinoise-sur-les-frontaliers-qui-fait-mieux-que–star-wars-/43829486

https://www.cominmag.ch/une-comedie-sur-les-frontaliers-fait-le-plein-de-spectateurs-au-tessin/

https://www.letemps.ch/culture/2018/01/15/frontaliers-disaster-ca-rigole-bien-frontiere-tessinoise

Luca Mossi