Le monde de la comm’ voit en GRAND

Jeudi dernier avait lieu la cérémonie du GRAND Prix Romand de la Création récompensant les meilleures créations romandes dans le domaine de la communication. Au menu, plusieurs dizaines de projets : messages publicitaires, identités graphiques, concepts d’affichage, bref, la crème de la crème en termes de communication. Cet événement est organisé par l’association GRAND pour promouvoir la créativité en Suisse Romande.

Itinéraire d’un étudiant en science po au royaume du porno de la comm’ :

Lundi 31 octobre : c’est par une soirée de halloween et lors de la diffusion d’un film soit-disant d’horreur totalement inerte que mon ami Robin me propose de couvrir pour Fréquence Banane, le prix Grand, récompensant l’excellence dans le domaine de la créativité. La XIIIème édition s’est déroulée hier soir entre le pathé Flon et le MAD de Lausanne. Cette année, après le thème du 7e art, c’est au tour du cinéma pour adultes d’être à l’honneur. L’invitation ne laissant nul place au doute du sérieux de cette dernière information. En effet, le dépliant servant d’invitation était une règle avec plusieurs marqueurs donnant les longueurs des chibres des célébrités masculines les plus en vue. A votre gouverne, sachez que Rocco Siffredi en possède une de 24cm, une fois le colonel au garde-à-vous (mais mon Dieu  que ça doit faire mal tout cela une fois dedans) et Trump de 4.5 cm, le classant ainsi dans la catégorie des personnes possédant un micro-pénis (pour votre info, la règle officielle dit que cela doit être moins de 5.5. cm au mieux de sa forme). Ceci expliquerait donc bien des choses, mais à ce que je sache, Bastian Baker n’a jamais eu la prétention d’ériger un mur à la frontière américano-mexicaine.
Me Clémence, par l’odeur alléché d’une telle soirée se renseigne sur le Facebook du prix Grand : “Sortez votre plus beau peignoir et rejoignez-nous pour une cérémonie plus hot que jamais” ! Mon cerveau me dit que c’est un plan foireux, ma bite me dit de foncer. M’imaginant déjà en bonne compagnie entre les bunnies dans une soirée à l’ambiance digne d’une bamboula à la Playboy Mansion avec le fantôme du regretté Hugh Hefner lors de la projection de contenus plus innovant que la trame habituelle d’une vidéo mainstream sur Pornhub, prétextant une partie de billard avec la mère de mon meilleur ami quand ce dernier est sorti 30 minutes pour aller acheter du lait. Mon sang et mon sperme n’ont fait qu’un tour : j’en suis !
Jeudi 9 novembre : c’est donc armé de ma bite et de mon couteau que je me suis rendu accompagné de Robin à 18h au MAD à Lausanne. L’entrée (gracieusement offerte grâce à Fréquence Banane, sinon il nous aurait fallu débourser la coquette somme de CHF 80.00 pour nous pavaner entre la crème de la crème de la créativité) sous forme de préservatif me fait appréhender la suite des événements…je m’attends à tout. C’est sur une playlist all style et sur les airs de “Libertine” de Mylène Farmer ou de “Sea, sex and sun” de Serge Gainsbourg que le main floor se voit envahit par le tout Lausanne, gavé de champagne et d’autres victuailles comme des flûtes et petits fours que l’on attend. On ne sait pas ce que l’on attend, mais on attend. Mais l’entrée gratuite au MAD avec nourriture et alcool à volonté est une occasion trop rare pour se demander la raison de ma présence à cette sauterie à une heure où  je serai au workchoppe de l’UNIL ou en train de gentiment me beurrer le petit LU.
Arrêtons nous un instant sur le look des convives de la soirée. Cela va de la redingote arrivant jusqu’à mi-cuisse au blouson de cuir, en passant par une majorité de costards, noeuds pap’, cheveux longs et tirés en arrière, arborant fièrement la moustache pour certains adeptes de Movember. Et pour ces dames, classe et distinction sont de mise. Quant au thème de la soirée, hormis quelques capotes disposées ça et là sur les tables, nous sommes encore en plein suspens à propos de la suite des aventures. L’ambiance est encore confidentielle. Les convives sont soucieux de savoir à quelle sauce ils doivent se préparer à être mangé.

Une ambiance très chill et plutôt classe à l’intérieur du Mad Club de Lausanne

19h30 : déplacement pour la partie officielle de cette gourmande soirée à la plus grande salle obscure du Pathé Flon pour une cérémonie de remise des prix. Plus de 108 projets vidéo ont été visionnés et mis en délibéré par un jury composé de plus de 10 personnes (parmi eux uniquement des hommes présents sur la scène). Le président de cette édition nous lit un discours interminable dans un français approximatif digne d’un envoyé de l’autre côté du Röstigraben ne permettant aucunement de déceler une phrase compréhensible. C’est donc en ne sachant toujours pas à quoi m’attendre que le film est lancé, introduit par le jingle d’une verge volante au travers des planètes sur la bande originale de Star Wars. Mon (ex)tension est à son maximum… De très courts extraits de parodies coquines se succèdent entrecoupées de  différentes publicités nous clamant la richesse touristiques de nos montagnes, la précision et la modernité de production de notre industrie horlogère. J’admets mon incompréhension sur la présence de ces publicités. S’agit-il des sponsors de cette soirée qui nous ont permis de nous rincer l’œil et de nous sustenter (aussi) à l’œil ? J’avoue rester sur ma faim sur les trop courts extraits soit disant interdits aux plus innocents d’entre nous, ne dévoilant quasi aucune nudité et aucun ébat charnel.  Est ensuite venu le moment de décerner les fameux “awards” des différentes catégories. Et c’est à ce moment-là que je comprends tout ! Le côté “coquin” mis en avant pour illustrer cette soirée était un argument tout aussi fallacieux que de prétendre sonner chez ma voisine pour lui proposer de faire des tartes, nus sous un tablier, le fouet à la main. Pensant que nous allions récompenser l’innovation du porno par des extraits gênés par la pub, c’est la pub que nous allions saluer entre les extraits dont l’utilité a paru su-bite-ment dénuée de sens. Le prix GRAND récompense donc la création en terme de communication pour les agences de publicité s’étant inscrites pour recevoir les honneurs d’une cérémonie dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler à ce jour. Déçu et trompé par la marchandise mise en avant dans le programme de la soirée, c’est donc avec de moins en moins d’espoir que je m’attends à découvrir de nouvelles positions.

Dans plus de seize catégories, notons la récompense de l’agence Emphase, mandatée par la radio Couleur3 pour l’élaboration de leur nouveau logo. Le petit prix Grand, qui est décerné par un jury d’étudiants en communication va à une publicité ventant les bienfaits du tourisme dans le canton du Jura (et on aurait presque envie d’y aller, j’ai bien dit presque mais cela n’empêche pas de souligner l’exploit). Et le Grand prix GRAND fut attribué à la commune de Crans-Montana; qui a eu l’audace de concevoir une publicité présentant les coulisses de la résidence de Crans-Montana sans passer par l’intermédiaire d’une agence.

Les fameux “césars” de la comm’

21h00 : c’est l’estomac affamé car non rassasié par les prouesses érotiques que nous retournons au MAD pour y partager un cocktail dinatoire. Pour montrer un semblant de fidélité au thème annoncé de la soirée qui expliquait ma présence jeudi dernier, les poupées gonflables au rabais chez Magic X virevoltant dans le club tout en distribuant de menues pièces de chocolat noir en forme phallique à l’échelle de la taille du service trois pièces du président américain comme petit souvenir. Le tout sur le rythme d’un mix house dont le DJ semble être le seul à en être enjoué.

Vous avez déjà vu un aussi grand canard de bain?

C’est sur cette note, d’une soirée incomplète et incomprise que Robin et moi quittâmes le microcosme social du monde de la publicité aux frontières et pratiques des plus étanches pour nous retourner déambuler dans les rues de la capitale vaudoise et revenir aux moyens et pratiques dignes d’étudiants de première année. Mais un GRAND merci pour le champagne qui n’était pas piqué des hannetons !

Par Thibaut Clémence