Merci Blues Rules, à l’année prochaine!

Samedi encore, le Blues Rules Crissier Festival nous a fait danser au son du blues. Une soirée mémorable, que nous avons décryptée pour vous. See you next year, Blues Rules!

Le coup de coeur de Laura

Vous me demandez quel mot définit le mieux l’ambiance du Blues Rules Festival ? Je dirais que ce serait définitivement «intimiste». Pourquoi ? Premièrement, ce n’est pas grand. Mais attention, il ne faut pas réduire un festival à sa taille. Ici pas besoin de plusieurs scènes, les sets sont très rapprochés et entre les concerts, certains artistes improvisent entre les stands de nourriture. Ensuite, le lieu donne une ambiance très différente de tous les autres festivals. Le château de Crissier, éclairé de ses différentes lumières de couleurs, donne un côté historique et bien suisse à notre soirée.

La scène du Blues Rules Festival (crédit:Blues Rules)

Finalement, et surtout, le Blues Rules Festival a une ambiance intimiste grâce au contact. C’est le seul festival où, quand l’artiste sur scène, en l’occurrence Nickki du groupe Ms. Nickki & the Memphis Soul Connection, crie merci aux organisateurs de l’avoir conviée, ceux-ci crient « de rien » en retour depuis la foule. Ou, quand tu es dans la foule et que tu te tournes à gauche, tu vois les organisateur juste à côté de toi et, quand tu te tournes à droite, tu vois le groupe qui a ouvert la soirée, cette fois-ci One Rusty Band n’Tap, qui écoute attentivement leurs compagnons de blues. C’est également le seul festival où, quand tu vas acheter un CD, c’est peut être l’artiste lui-même qui te le vend. Et si jamais ce n’est pas lui, tu as de grandes chances de le trouver dans la foule et de lui demander de le signer. Cela met en évidence que le festival ne se veut absolument pas dans un esprit de consommation, ce qui se ressent.

Crédit: blues rules

Les artistes ne semblent pas se considérer comme autre chose que de simples fans de blues et veulent partager cela avec le public en se mélangeant corps et âme avec lui. Ainsi, certains ont pu même, ai-je entendu, danser avec certains musiciens durant les deux soirs.

Intimiste car on en repart en ayant l’impression d’avoir passé un moment privilégié et intime avec tous les amoureux du blues de la région.

Laura Bock

One Rusty Band’n’Tap : un groupe qui en jette !

Un téléphone en guise de micro, une guitare électrique carrée, un plateau de bois branché et des claquettes, au Blues Rules festival ce groupe atypique n’est pas passé inaperçu !OneRustyBandjpg

Avec la lourde tâche de démarrer la soirée, One Rusty Band ‘n’Tap a su chauffer le public de par son style blues teinté de rock et des titres entraînants tel que «Cat sucide blues». Ce band genevois, composé de Greg à la partie instrumentale et au chant, et de Léa aux claquettes, n’a pas laissé indifférent les festivaliers qui sont restés fascinés devant ce duo à l’énergie intarissable et à la bonne humeur contagieuse. De plus, les acrobaties réalisées par Léa, tout en faisant des claquettes, en ont surpris plus d’un et les chansons se sont succédées sans qu’on ait le temps de voir les minutes s’écouler. Le couple a d’ailleurs fait une spéciale dédicace au festival de Crissier en ayant composé une chanson en son honneur.lea1

A la fin du concert il n’y avait plus que deux choses à faire : se procurer leur CD et se renseigner sur leur prochaine date de concert.

Virginie Dessauges

 

Rencontre avec Sergi Estella, musicien-bricoleur

Pour accompagner la tombée de la nuit sur le Blues Rules Festival, Sergi Estella, multi-instrumentiste catalan monte sur scène. Alors que les chansons défilent, Sergi change d’instrument une, deux, plein de fois. Au total, sept de ses guitares sont de sa propre fabrication.

sergibalaiParmi celles ci, il présente une guitare fabriquée à partir d’un tiroir, dans laquelle il a ajouté un robinet afin de se servir directement un verre de vin sans avoir besoin de quitter la scène. L’idée est originale, et pas aussi absurde qu’on ne pourrait le croire. Si on prête attention aux paroles de ses chansons (certes souvent en catalan) chacune a un rapport avec l’instrument qui l’accompagne. Ainsi, il raconte l’histoire d’une journée où il n’avait pas envie de faire le ménage avec une guitare fabriquée à partir d’un balai, entre autres.

Sa démarche se veut aussi dans un esprit d’improvisation. Si toutes ses chansons sont à l’origine en catalan, Sergi en a adapté certaines en anglais spécialement pour sa venue au Blues Rules. «J’essaie d’écrire des chansons avec un peu d’humour, alors c’est difficile de communiquer cet aspect là avec un public qui ne parle pas la même langue». Et pourtant, tout le monde se marre. De son anglais approximatif, Sergi présente ses morceaux, leur histoire, commence à jouer, puis s’interrompt pour une blague qui lui est venue, et avec tout ça, il colle un sourire sur chacun des spectateurs du public.

sergicalaixLe premier album solo de Sergi Estella sortira en septembre, il a promis de fabriquer lui même chacune des pochettes comme il a fabriqué ses guitares. Et lorsque je lui demande si depuis la Suisse, nous aurons la possibilité de commander son CD, il me répond le plus naturellement du monde : «Ecoute on fait comme ça, tu m’écris un petit mail, on se retrouve dans un café ici à Crissier et je t’en amènerai un.»

Ainhoa Ibarrola

Deux icônes du Blues

Ce Blues Rules nous a réservé aussi une surprise de taille dès 21h : Robert Kimbrough Sr, fils du célèbre bluesman Junior Kimbrough et son « juke-joint » au Mississippi.

Les organisateurs du festival, Vincent et Thomas, l’ont rencontré dans son bar, « The Hut ».  Pas bien connus du grand public, sans même de labels locaux, les bluesmen des scènes du Mississippi, Tennessee et Alabama se rassemblent là-bas pour jouer tous ensemble entre amis, à peine payés, pour des nuits enflammées.

Mais il n’y pas qu’au Mississippi qu’on a droit à des nuits de folies, à Crissier aussi ! Et c’est ce que nous a donné cette édition 2017.

 

Robert Kimbrough Sr. at 2016 Hill Country Picnic north of Oxford MS. Wetplate Project Photo © Bill Steber

Robert Kimbrough Sr. at 2016 Hill Country Picnic north of Oxford MS. Wetplate Project Photo © Bill Steber

Robert Kimbrough Sr

Nous avons eu la chance de pouvoir discuter avec Robert, et cet échange révéla le bluesman comme un être simple et heureux avec peu, l’archétype du Mississippi. En tout cas Robert est bien le fils de son père : lui même le dit, c’est parce qu’il a toujours baigné dans cet univers qu’il en est ici aujourd’hui. C’est un véritable amour qu’il porte pour le blues, et le blues le lui rend bien. Car c’est bien grâce au blues qu’il joue sur scène avec des amis, des gens qu’il aime et qui l’aiment. Sur scène, c’est donc l’éclate totale, des blagues par ci et par là, mais dès que les guitares sonnent, c’est une histoire à laquelle tout le monde peut s’identifier qui prend place dans le jardin du château. Après avoir repris « Purple Rain » ou un des morceaux les plus célèbres de Junior son père « All Night Long », Robert nous livre quelques morceaux de son nouvel album «What I’m Gon’ Do? Where I’m Gon’ Go from Here? » et c’est très prometteur, on a hâte de pouvoir le passer sur les ondes de Fréquence Banane.

Sa définition du blues est classique, mais il y a bien une différence entre celui du Mississippi, du Tennessee, et de l’Alabama. Le vrai blues, le vrai de vrai, celui des champs de coton, vient bien du Mississippi. Même s’il n’est pas un classiciste tourné vers le passé et compose ses propres chansons, pour Robert, Le Cotton Patch Blues est le premier et le « seul »véritable blues. Tout vient de là : la rivière, les champs de coton, la sueur au front et les mains abîmées par le travail.

Son amour pour le blues et le Mississippi est donc évident. Mais on pourrait s’attendre à ce que le monde hostile de l’industrie musicale actuelle rebute parfois les gens. Se faire un nom aujourd’hui est beaucoup plus compliqué qu’à l’époque des « juke-joints » ou des maisons de disques. Son premier album « Willey Woot », en hommage à son père, a eu du mal à sortir et se faire connaître. Au contraire, Robert n’en a que faire : son groupe, ses amis, sa musique, sa famille c’est tout ce qui compte. Le blues avant tout !

En tout cas nous sommes très heureux d’avoir pu l’accueillir en Europe pour la première fois, le rencontrer et l’écouter. On espère le revoir très bientôt sur la scène européenne.

Ms Nikki :

Ms Nikki

Dernier set avant que Cameron Kimbrough ne passe, c’est Ms Nikki and the Memphis Soul Connection.

Quand on la croise en coulisses, cette femme forte, indépendante, sexy et sûre d’elle, on est tout de suite intimidés. On se fait petit, on regarde ce qui se passe autour d’elle : des rires, des exclamations «Oh baby where did you get that groooooooooove ?» Yes baby where did you get it ?! Parce que quand Ms Nikki arrive sur scène, c’est tout le Blues Rules qui est en feu. Elle joue avec le public et le rend dingue. Elle fait monter sur scène son neveu, Marceau qui était hier avec sa cigar box pour un chorus du feu de dieu, et tout le monde perd le contrôle de ses jambes. On danse, on chante et on rit avec elle. De quoi nous faire attendre jusqu’à l’année prochaine !

Marie Rueg Navarro