Mystère des barres des TL : le cambrioleur arrêté

Soulagement parmi la population lausannoise. Le voleur des barres des TL, recherché depuis samedi dernier, a été arrêté par la police.

A peine une semaine après le rocambolesque cambriolage des barres des TL et le tollé provoqué en ville, la police cantonale vaudoise a mis la main samedi en milieu de journée sur le malfrat supposé être à l’origine de ce vol mystérieux.
L’homme a été arrêté alors qu’il tentait de se fondre dans la foule qui se pressait au palais de Beaulieu pour assister au Prix de Lausanne, là où un officier en charge de la sécurité l’a repéré grâce au portrait robot délivré par la police pour identifier le voleur supposé qui n’avait aucune ressemblance avec la description faite par les autorités mais l’agent en question avait oublié ses lunettes ce jour-là et a donc cru reconnaître le malfrat qui a manqué de chance sur ce coup-là puisque si l’agent avait eu ses lunettes il n’aurait pas confondu et ne l’aurait pas signalé à la police qui a bénéficié du fait que le service de sécurité ne dispose pas, au vestiaire du personnel, de lunettes de rechange pour les employés qui oublient les leurs chez eux sur la télé avant de partir au boulot le matin mais qui ensuite grâce à ça reconnaissent ou croient reconnaître des méchants et permettent leur arrestation.
La surprise provient également du côté de l’identité du voleur : il ne s’agit ni plus ni moins que de Gil Roman, l’homme à la tête du Béjart Ballet Lausanne. Il a en effet profité du tapage médiatique autour du Prix de Lausanne afin, une fois son méfait commis, de pouvoir disparaître en toute tranquilité.
Avant sa mise en garde à vue, il a tenu, dans une déclaration déjà devenue célèbre, à parler à la presse afin d’expliquer les raisons de ses actes :
« Sachez, mesdames et messieurs, que j’assume entièrement ce que j’ai fait. Je n’ai pas commis, j’ai créé.
Comprenez-moi bien, de nos jours en Suisse, la vie est morne. Les gens sont gentils, polis, calmes, lisses, tout est propre, les rues sont bien ordonnées, etc. enfin vous connaissez la Suisse, je ne vais pas vous faire un tableau.
EH BIEN JUSTEMENT je ne vais pas vous faire un tableau et personne dans ce pays ne pourrait d’ailleurs vous en faire un ! Ni de la situation actuelle ni de quoi que ce soit d’autre ! L’inspiration, la beauté de l’art, l’étincelle mettant le feu aux poudres de l’imagination et provoquant une explosion de création doit venir de l’inattendu, du hasard, du désordre, de l’improvisation, du dérangement, des rencontres inattendues entre des gens, de la désorganisation, de l’impromptu ! Or, comment voulez-vous que quoi que ce soit soit créé dans ce pays si les échanges entre les gens sont ternes et les relations incolores.
Il était donc de ma responsabilité, en tant que figure centrale de l’art lausannois, de secourir la créativité suisse et de m’affairer à résoudre ce problème d’absence de fantaisie et de folie. Il fallait que quelqu’un crée, provoque ce désordre démiurgique. J’ai bouleversé ainsi en une seule matinée tous les esprits vaudois qui dormaient tranquilles, bercés depuis des lustres par des habitudes paisibles et rassurantes. De plus, rien que dans mon domaine, vous n’imaginez pas combien de pas de danses voire même de chorégraphies ont ainsi été créés uniquement parce qu’il n’y avait plus ces trucs en métal, là. »
L’homme a été reconnu, dans la journée, coupable de projection de manque d’inspiration sur la population nationale et de provocation de hasard dans l’ordre public. Ça peut aller chercher loin.
Cette déclaration prenant déjà toute la place dans les futures colonnes partant vers les rotatives, un détail avait été oublié. Jusqu’à ce qu’un journaliste y remédie et lui demande comment il avait réalisé son méfait. En effet, l’enquête n’avait rien donné alors que des centaines de milliers de barres en métal avaient disparu en une nuit, tout comme le contenu des entrepôts où se trouvaient quelques tonnes de ces barres. Il a répondu en effectuant une pirouette : « Le propre du magicien c’est de travailler pendant des heures à essayer de déguiser une pièce, pour qu’on ne la voit pas. Et quand il y parvient, il montre aux gens une espèce d’escamotage extraordinaire. Et si on leur explique le tour, les gens se diront ”Oh ! ce n’est que ça… c’est si facile, regardez comme c’est simple”. Mieux vaut laisser l’effet ! »
 
Morale de l’histoire : il ne faut pas confondre un grand jeté et un vol.
Écrit par Antonin Python