En erasmus à Bruxelles: “Pouvez-vous me confirmer si vous allez bien?”

Delphine* est une étudiante, comme nous. Étudiante en HES à Genève, elle a eu la bonne idée de partir un semestre à l’étranger. Elle a même eu l’excellente idée de partir à Bruxelles. Sérieusement, quelle meilleure destination pour des études en français (si ce n’est Montréal) ?

Delphine n’est pas dupe. En allant visiter la ville pour la première fois en décembre 2015, elle avait pu constater l’ambiance, la police et l’armée dans les rues, bref, la tension résiduelle des actions post-13 novembre à Molenbeek. Mais elle avait surtout découvert la vie à la belge, faite de moules-frites, de bières, de gaufres, et de tas de clichés qui rendent les Belges si vite attachants. Alors elle est partie, sans la moindre appréhension.

Et puis le 22 mars 2016, la nouvelle des attaques dans la capitale belge s’est répandue comme la mousse d’une blonde laissée au vent du nord. La ligne 1 du métro, qui passe à Maelbeek, elle venait de l’emprunter. L’aéroport de Zaventem, elle devait s’y rendre le vendredi suivant. Delphine a eu la chance de ne pas être touchée, ni aucun-e de ses proches. Et pourtant, ça s’est passé là, dans sa nouvelle ville, dans sa nouvelle vie.

Dans les toilettes de l’école, une fille pleurait de peur et de soulagement en raccrochant son gsm. Elle l’a enlacée, comme pour embrasser l’inquiétude de toute une ville, et bien plus encore. Et puis elle est rentrée, suivant les recommandations de la direction. Les transports publics à l’arrêt, ses camarades ont utilisé Facebook pour organiser les covoiturages, mais elle a préféré rentrer chez elle à pied. Et puis en route, c’en était trop : les mesures de sécurité, l’incertitude, les doutes, les sirènes au loin… Delphine a eu besoin d’insouciance, la vraie, à la belge. Elle a donc fait un tour par la piscine du quartier pour aller nager, comme les autres jours.

Mais les autres jours étaient bien derrière, et rien ne pouvait y échapper. Ni elle, ni ses amies, ni les nouvelles dans les médias, qui la rendaient folle. Alors merde pour les infos, merde pour le confinement -d’ailleurs vite levé par les autorités- Delphine et ses amies ont profité de la fermeture du campus, les jours suivants, pour discuter, échanger, aller boire des verres au milieu des BD. À la belge.

 

Le soir des attentats, elle avait reçu un mail de la responsable des étudiant-e-s en erasmus: “Bonsoir, pouvez-vous me confirmer si vous allez bien?”

Elle va bien, par chance. Rentrée en Suisse pour les vacances, Delphine n’a qu’un objectif, dans l’immédiat: retourner à Bruxelles.

*prénom d’emprunt