La situation en Ukraine vue de l’intérieur

Le peuple ukrainien manifeste depuis plusieurs semaines contre la décision du président Yanukovych de retourner sa veste en refusant que le pays entre dans l’Union Européenne. Pour mieux comprendre la situation, Fréquence Banane a rencontré Anastasia, une urkainienne qui participe aux manifestations. 

Fréquence Banane a rencontré Anastasia en Suisse alors qu’elle participait au service civil international. Quelques jours après son retour en Ukraine, elle nous raconte sa vision des événements et ce qu’il s’y passe.
Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Anastasia Nizhin. Je suis une Ukrainienne de 24 ans et j’habite à Kiev. J’ai un master en management, mais je travaille comme décoratrice d’intérieur. J’ai passé la plupart de ma vie en Ukraine. Pendant mes études, j’ai vécu deux ans à Saint-Pétersbourg, en Russie. Ma mère habite en République Tchèque, je lui rends donc souvent  visite. J’ai également voyagé dans d’autres pays de l’Union Européenne.
J’ai donc une très bonne connaissance de l’Ukraine et des pays qui l’entourent. Je connais également  les différents standards de vie.

On dit que l’Ukraine doit choisir entre le « diktat européen » et le « diktat de Moscou ». Qu’en penses-tu ?
A mon avis, les Ukrainiens doivent surtout choisir quels standards de vie ils veulent. Ici, les conditions de vie sont très dures. Les systèmes sociaux et éducatifs sont très peu développés et la corruption est partout. Quand on va chez le médecin, il faut lui donner de l’argent pour avoir des soins. Les médecins sont payés par l’État et les soins sont censés être gratuits pour les citoyens, mais les médecins gagnent si peu qu’ils doivent trouver d’autres moyens pour gagner de l’argent. Ils le font en demandant un « bakchich » aux patients. Il est aussi possible d’acheter des diplômes. Il va sans dire que le système judiciaire est également corrompu. Cette situation n’est plus possible pour les Ukrainiens.
Pour revenir à la question, c’est plus le standard de vie que souhaitent les Ukrainiens qui est important, que sous quel « diktat » ils vivront. Le niveau de vie en Russie est similaire à celui de l’Ukraine. Les Ukrainiens ont donc tout intérêt à entrer dans l’Union Européenne, car elle représente un espoir de changement et la chance d’une meilleure vie.

Décris-nous ce qu’il se passe en Ukraine en ce moment. Quelle est l’ambiance ?
Il y a toujours des manifestants dans les rues, même le 7 janvier lorsqu’on fêtait le Noël orthodoxe. Ils se sont installés sur la place centrale Maidan Nezalezhnosti et la rue principale Khreschatyk. Différentes régions de l’Ukraine sont représentées et les manifestants ont apporté des tentes pour être là en tous temps. Les habitants de Kiev les aident en leur apportant de la nourriture et des habits chauds. Sur la place centrale, des concerts sont organisés où jouent des musiciens ukrainiens. C’est aussi un endroit où les leaders politiques se retrouvent et donnent des discours. L’atmosphère est donc plutôt amicale, mais des fois les choses dérapent. Dernièrement, la police et les agents de l’inspection automobile de l’État ont essayé de provoquer les manifestants. C’est de plus en plus fréquent. Les policiers arrêtent les manifestants sans raison et tentent de les accuser d’actions illégales et les emprisonnent. C’est arrivé à l’oncle d’une de mes amies qui est impliqué dans le mouvement d’opposition. Quant aux agents de l’inspection automobile, ils se jettent sous les voitures des manifestants et disent que ces derniers ont essayé de les tuer. Ces représentants de l’État essaient de faire peur aux manifestants.

Participes-tu aux manifestations ?
Oui, j’y participe. Je vais surtout aux manifestations générales le dimanche. Mes amies et moi apportons également de la nourriture et des vêtements chauds aux personnes qui dorment dans les tentes.

Qui d’autre y participe ?
Ce sont des gens de tous âges, mais je dirais que ce sont surtout des gens instruits et qui ont voyagé. Ces gens là savent comment on vit dans d’autres pays européens et veulent la même chose. Ceux qui n’ont vécu qu’en Ukraine ne comprennent pas la situation, car ils ne savent pas que leurs conditions de vie peuvent s’améliorer si on entre dans l’Union Européenne. Le problème est qu’il n’y a pas une « masse critique » pour changer le pays.

Que fait l’opposition ?
On attend que les leaders de l’opposition mènent le peuple. Yuri Lutsenko, sorti de prison en avril 2013, est un des leaders de l’opposition et celui du mouvement de « la Troisième République de l’Ukraine ». Selon ses mots, les leaders de Maidan vont bientôt se rassembler pour décider de la stratégie à suivre . On attend donc la deuxième vague de manifestations. A mon avis, il faut changer le gouvernement.

Que fait le gouvernement ? Comment réagit-il face aux manifestations ?
Le gouvernement ne réagit pas, il fait comme si de rien n’était. Le président Yanukovych aurait même signé un accord avec Poutine, mais on ne sait pas de quoi il parle. Avec la répression croissante dans les rues, le président veut nous faire peur. A mon avis, si rien ne bouge, elle s’intensifiera. Finalement, je pense que Poutine soutient Yanukovych car il a peur que si la révolution en Ukraine fonctionne, elle se répandra aussi en Russie.

Que peut-on souhaiter à l’Ukraine pour cette nouvelle année ?
On peut souhaiter à l’Ukraine et aux Ukrainiens la foi en leur victoire, de l’optimisme, de la sagesse et la force d’accomplir avec succès cette révolution !
Photographies: © Gleb Garanich et Viktor Drachev.
 

Écrit par Margaux Reguin